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Samedi 19 mai 2007

Un lecteur en train de devenir un ami m’a envoyé ce mail :

 

Boby,

J'ai lu les derniers chapitres de ton blog. Je suis très ému et je m'en veux de t'avoir bousculé...


Oui, ressaisis toi !!!.

Fais de cette dernière phrase que je viens de lire sur ton blog ta bouée de sauvetage. Ne la laches plus. C'est ton credo. C'est ta survie. Je t'en prie, accroches toi à la vie. D'ailleurs, en te lisant, tout donne à croire que tu aimes passionnément cette vie,car tu la "vibres" de manière plus intense que le commun des mortels. C'est le propre, je pense d' une sensibilité... , peut-être homo, pourquoi pas..., ne te révoltes pas..., que je partage avec toi.


A ce point , je ne peux pas te conseiller, je ne suis pas un de tes intimes bien que de fortes connivences, exprimées ou non, nous rapprochent. Alors, sur le plan virtuel, mais seulement virtuel, si j'avais à faire un blog sur moi, je reprendrai beaucoup de tes phrases, hors la maladie que Dame Nature m'a déjà presentée, pour que je la connaisse, mais sans jamais insister jusqu'à présent pour que je fasse ma vie avec elle.


Je dirai comme toi que la vie est un cadeau qui va avec la mort, qu'il faut la découvrir et l'inventer seul, sans assistance. Mais que profiter des derniers progrès de la technologie et de la médecine n'est pas l'acceptation de cette assistance inutile offerte aux faibles mais de la main tendue à celui qui veut se battre envers et contre tout.


Je laisserais comme toi apparaître des moments de désespoir et de lassitude , mais je referais face chaque fois que mes pulsions vitales s'accrocheraient à moi. En un mot je crois que j'accepterais les solutions que me proposerait la médecine. Mais en face du précipice je ne sais si je garderais cette dernière énergie, comme ceux qui prétendent, en pleine santé, vouloir mourir dans la dignité. A quel moment la vie devient-elle indigne et peut-on alors exercer son jugement à ce moment là .?


Rien n'indique que toi ou ta femme en soyez là. Ton blog est la narration de vos espoirs et de vos rebondissements, de votre fureur de vivre.


Boby, je t'en conjure, garde l'espoir. Ne défais pas la belle vie que tu as offerte au monde, même à ton insu ! ...Balayes tes remords et ta culpabilisation Dans la pénombre du labo photo où tu tentes de voir apparaître quelque chose, regardes l'œuvre du révélateur, elle est splendide. Tout ce qui était moche est devenu beau . Tu avais goûté au fruit qui n'était pas défendu....

Alors ta femme...Sa souffrance, autre que pathologique, quelle est-elle?


Après t'avoir accepté tel que tu étais sans t'en donner la liberté, elle semble te le reprocher maintenant au travers de cette scène épouvantable. Elle ne te pardonne plus d'être scotché sur l'ordinateur. Elle ne peut plus accepter que tu penches affectueusement ta tête sur ton doux pompier. C'est la maladie qui la trahit...

 

Je suis à peu près du même âge que toi Boby . Il me semble rajeunir.... Je suis heureux. J'ai vu mon fils il y a peu. Il est beau, et bien dans sa peau, ... ...

 

J'ai été très touché par ce cri du coeur. J'ai voulu prendre le temps de lui répondre. Il m'autorise à publier notre échange, qui, me semble-t-il, est à même de répondre à des questions que d'autres se posent...

 

Y,

 

Premier point, cesse de faire allusion à ton âge. Dis-le une bonne fois... Je ne cache pas le mien... Et ça ne changera rien à nos échanges... Tu as peut-être été gêné par mon attitude "anti-vieux"... N'exagérons rien ! Certes, et je suis loin d'en tirer gloriole, je suis très mal à l'aise le plus souvent dans ma communication avec les personnes de mon âge ou plus vieilles... Mais il y a des exceptions... Et j'accepte mal ce comportement à la limite du racisme, moi qui ai passé ma vie à lutter pour le droit à la différence (et à l'indifférence positive, dans certains cas...). Je lutte contre ces tendances, mais mon amour de la jeunesse m'empêche le plus souvent de me regarder avec l'âge que j'ai... Ceci dit, ta sensibilité, ta finesse d'esprit, ton humanité, devraient me permettre très facilement de passer outre ces ridicules appréhensions...

 

Ce que je vis t'a visiblement beaucoup touché... Lorsque j'écris, je suis bien conscient de l'agression que représente pour un lecteur inconnu mon affirmation de souhaiter la mort. Mais ce sont des positions et un combat qui ne datent pas d'hier. Tu le dis, la mort fait partie du package de la vie... et pour moi, dès le plus jeune âge, elle a été une compagne fidèle, qui m'a permis de supporter les situations les plus difficiles, parce que je la savais à portée.

Bien plus insupportables sont à mes yeux le handicap et la dégradation physique. Oui, souvent on m'a dit : "C'est une chose d'affirmer lorsqu'on est en bonne santé, que l'on n'acceptera pas la moindre dégradation... Tu verras lorsque tu seras acculé au mur, en face du problème..." Je suis le dos au mur, face au problème. Et mon avis n’a pas changé d’un iota... Ma femme partage cette position. Elle, elle l’a déjà mise en pratique. Lors du premier cancer, elle a refusé le protocole qui comprenait l’acte chirurgical : " Je n’irai pas par petits bouts à l’incinérateur ". Un médecin (femme) a respecté cette position et a réussi à la guérir. Au prix d’une chimio ayant entraîné une alopécie totale. Cette fois, elle a refusé l’opération et refuse la chimio. " Mourir sans un cheveu sur le crâne... Pas question ! " Je respecte son choix. On lui propose un nouveau traitement expérimental. Je pense qu’elle l’acceptera.

 

Alors, il y a ma propre position. Elle mérite peut-être quelques explications. Malgré les apparences et mon aisance (artificielle) dans la communication et dans l’expression orale, je suis extrêmement coincé, bloqué même, lorsqu’il s’agit d’aborder quelqu’un d’inconnu. Mon manque de confiance en moi est littéralement maladif. Le blog est rempli d’exemples. Quand j’étais jeune, et somme toute sans doute pas trop désagréable à regarder, je ne pouvais pas aller sur un lieu de drague sans voir se précipiter vers moi tous les vieux pédés avides, la langue pendante. Je ne supportais pas, je devenais agressif... Alors... Exposé du problème, Analyse, solutions possibles, résolution...

 

     

  1. Pour une raison calamiteuse dont je n’ai jamais trouvé l’explication, malgré des années d’analyse, je ne suis attiré physiquement que par les éphèbes (athlétiques et virils !!) de –disons- 18 ans, à 25 ou 28 ans... Eux seuls parviennent à faire partir et revenir mon sang sur mon visage (pas seulement...) de façon incontrôlée, et fort agréable...

     

  2. Mes choix de vie, la vie en couple principalement, ne m’ont laissé accès qu’à des lieux de rencontres occasionnelles, sans lendemain. Je n’ai aucune relation autre, aucun réseau à explorer... Je dis bien MES choix de vie. Je les assume et les assumerai...

     

  3. J’ai vieilli. Je ne le sais que trop, même si tout mon être s’en insurge. J’ai atteint cet âge qui autrefois me révulsait et me rendait agressif de façon tout à fait regrettable, je n’en conviens que trop. Et lorsque j’aborde un lieu de drague, l’image de ces pauvres frustrés me revient en mémoire. Je l’ai dit dans un article précédent, je disais " Jamais moi ", et j’y suis maintenant...

     

  4. J’ai vieilli, et mal vieilli. Je suis laid, au moins désagréable, aux yeux de beaucoup repoussant (mode du body building et des corps sculptés). Grand, trop gros à la limite d’obèse, je dis couramment " gros nounours ventru ", il m’arrive quand même encore d’avoir quelque succès... Auprès de mecs qui fantasment sur mon allure " rugbyman ", qui rêvent d’être dominés, et qui se mettent à quatre pattes dès que je les approche... Le contraire de ce dont je rêve. De cette approche virile et tendre à la fois, où les caresses dominent et où le point d’orgue n’est pas écrit à l’avance... Je ne refuse pas le point d’orgue. Je veux pouvoir l’offrir le moment venu, sans contrainte ou programme préétabli, parce que NOUS en aurions envie. Des siècles que cela ne m’est pas arrivé.

     

  5. Des années que je n’ai pas fait l’amour avec un garçon, au sens beau, réel et complet du terme. Au moins depuis notre déménagement ici, soit trois ans. Déjà...

     

  6. Je n’ai survécu, je ne vis que par et au travers de l’amour de ma femme. Elle seule compte. Elle seule m’apporte la paix. Elle seule continue à m’émouvoir, à avoir envie de caresser sa peau restée si douce et si ferme, à désirer chaque jour m’endormir en la tenant dans mes bras et à ne plus me réveiller...

     

  7. Si, un jour prochain elle me laisse seul... Quel sens aura ma vie ? Je deviendrai quoi ? Je me mettrai à courir les lieux de drague, les saunas, les sex-shops, pour mendier quelques caresses, recevoir de plus en plus d’affronts, et finir par baiser vite fait dans un coin une lopette, peut-être de vingt ans, mais dont le cul aura déjà été plus fréquenté que le hall de la gare Saint Lazare ?

     

Je ne joue pas à avoir des états d’âme. Les choses ne sont que trop claires pour moi.

... ...

Dis, tu me parles de ton fils beau comme un Dieu... Pourquoi ? Pour me faire languette ? Pour me torturer ? Pour me dire " tu vois, il en existe encore " ? Ne t’inquiètes pas. Je ne cesse d’en voir ! Frustré comme je le suis aujourd’hui, je crois, qui plus est, que je les trouve tous beaux, même ceux sur qui je ne me serais pas retourné il y a quelques mois... Le moindre corps souple, la moindre bosse prometteuse, le moindre regard vicieux, le moindre sourire enjôleur, et je suis sur le point de défaillir... Mon jeune boulanger (marié, 3 enfants) semble l’avoir compris, parce que malgré la présence de sa femme, j’ai l’impression qu’il me sourit de plus en plus chaleureusement... Mais n’est-ce pas qu’une impression ? Je me méfie de moi à un point !!....

 

Cordialement,

Boby.

publié dans : Journal au jour le jour
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