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Un grand trou. Une assez longue absence, au regard de la relative régularité depuis que j’ai ouvert ce blog. Un grand vide. Un peu tout qui s’effondre. Je ne sais pas, je ne sais plus.
Il y a eu les résultats pessimistes de la dernière consultation. Suivis d’une discussion riche et très intense entre Monique et moi. Puis un mail de notre fille annonçant qu’elle organisait une exposition avec quelques copines. Monique qui émet le désir de monter à Paris pour être présente au vernissage. Moi qui saute sur l’occasion et organise tout. Monique fait marche arrière, elle ne veut plus quitter notre maison. J’insiste. Je me fâche. Elle voit tout en noir et se dévalorise. Violente scène –la première de notre vie commune- au retour d’un repas chez nos amis. Calme après la tempête, le voyage s’organise, cahin-caha... Bilan de ce saut de puce dans notre passé disons... en demi-teintes... Ambiance assez lourde. Je suis très souffrant dès le troisième jour, je me traîne, elle conduit pendant presque tout le trajet du retour tandis que je somnole... Aussitôt rentré je me précipite sur mon ordi pour voir les messages arrivés. Lors de ce voyage, j’ai manqué une occasion de rencontrer un ou deux des " forumeurs " avec lesquels j’ai plaisir à échanger depuis quelques temps. Je réponds à quelques messages. Et je reste scotché jusqu’au repas du soir. Il n’est pas utile qu’elle dise quoi que ce soit pour que je sache que j’ai déconné et qu’elle est malheureuse. Dès le début du repas les échanges sont tendus et la discussion tourne au règlement de compte. Pour la deuxième fois en quinze jours. Après trente cinq ans de complicité sans ombrage. Toute la soirée nous essayons de communiquer, d’échanger, de se comprendre mutuellement. Je suis incapable de verbaliser tout ce que je ressens et pense depuis que j’écris ici. Plus ses arguments me semblent fragiles et mal venus, moins je suis apte à les démonter et à rationaliser ce que nous ressentons... Ce fut dur, très dur. J’ai le sentiment de ne plus contrôler la situation et d’être lâché dans un fragile esquif sur une mer déchaînée. La fin de notre échange part en quenouille... Monique va se coucher. Je reste seul un long moment sans oser la rejoindre. Finalement je vais me coucher et m’endors instantanément. Comme d’habitude. La nuit sera quand même très agitée. Pour une fois je n’aurai pas eu un sommeil paisible... Mon état grippal ?
Je ne suis pas en mesure à cet instant, d’analyser, de décortiquer, de comprendre tout ce qui s’est dit et le désarroi dans lequel nous nous trouvons. Je ne peux pas vraiment écrire, ce qui supposerait sans doute rationaliser, et relativiser très certainement. Je voulais cependant me mettre dès aujourd’hui devant l’écran, profitant lâchement de son rendez-vous chez le kiné...
Alors je vais tout jeter en vrac, sans tri, sans ordre, sans cohérence, sans ligne directrice. Un brouillon d’idées en quelque sorte. Il faudra que je fasse plus qu’y revenir.
Tout est parti de sa jalousie vis à vis de l’ordinateur. Il en a toujours été ainsi, depuis que je me suis recyclé en informatique. De me voir " planté là, devant mon écran, tellement investi que plus rien n’existe autour et surtout pas elle"... J’avais essayé à une époque de l’équiper d’un matériel simple mais qui aurait pu lui rendre des tas de services. Elle ne l’a jamais ouvert, et j’ai fini par le jeter aux encombrants... Elle ne supporte pas de me voir manipuler avec aisance des outils qui lui font peur. Moi qui ai été formateur et ai organisé des stages de haut niveau, j’ai été incapable de lui fournir les bases rudimentaires. Elle ne touche jamais le clavier quand je suis là. Je sais qu’elle consulte la messagerie en mon absence, et qu’elle a parfois fait quelques recherches sur internet. Elle n’aime pas. Mais cette jalousie n’est qu’un prétexte qui cristallise tous les reproches qu’elle a envie de me faire. Nous avons parlé du forum. Si je me réfugie dans le virtuel ainsi, c’est pour essayer de trouver ce qu’elle n’est pas capable de m’apporter. Elle le voit bien, je m’ennuie avec elle. Je manque de relations sociales... Mais bien sûr, je suis à la retraite et si longtemps habitué à un fort investissement social, il faut que je retrouve de nouvelles marques... Mais je suis bien, je fais des choses qui m’intéressent, je me passionne un temps sur une chose, plus tard ce sera sur autre chose...
Non, c’est plus fort que ça ! Je n’ai pas conscience de mon comportement, me précipiter ainsi dès que j’ai une minute sur mon écran ! Plus rien ne compte ! Nous n’avons plus d’activités communes ! Ce refus de me voir des intérêts qui lui échappent illustre désespérément son syndrome dépressif qui lui fait abhorrer tout ce que je peux faire sans elle. Et voilà que je reparle comme si elle était une malade qu’il faut protéger... " J’en ai marre que l’on dise toujours que c’est moi qui ne vais pas ! Et toi, tu vas bien peut-être ? Dis, en ce moment tu vas bien ? " J’ai été déstabilisé par cette attaque frontale. Je le connais pourtant bien ce reproche. Elle me dit souvent que j’allais beaucoup mieux lorsque je faisais une psychothérapie, et même lorsque j’ai suivi une analyse que j’ai pourtant considérée comme un échec. Que la vie de couple s’en ressentait positivement ! Et si c’était vrai ? Si c’était moi qui allais vraiment mal et qui étais en train de me monter tout un cinéma ? Pourtant, le cancer, il est bien là ! Elle a bien refusé le protocole conseillé par tous les spécialistes, opération puis chimiothérapie ! Les métastases osseuses étaient bien visibles sur la dernière scintigraphie ! Le cancérologue a bien interrompu le traitement d'hormonothérapie qui ne donnait aucun résultat ! Hier, nous n’avons pas dit un mot de sa maladie. Elle me reprochait de briller en société, de ne pas arrêter de parler alors qu’avec elle je ne dis rien... Mais la dite société, c’était mon ami d’enfance et son compagnon ce soir avant notre départ, c’était sa sœur, son beau-frère et ses neveux, c’était nos enfants... Qui l’empêchait de parler, elle ? Mais " elle n’a jamais rien à dire d’intéressant " ! Où est la femme brillante et leader qui manageait avec brio des groupes de plus de soixante personnes ? Où est l’enseignante d’avant garde visitée par des groupes de normaliens encadrés par les inspectrices ? Où est même simplement la mère attentionnée mais autoritaire qui menait tambour battant notre petite famille ?
Accusé de mal aller, je me suis défendu en attaquant. Nous avions fait 1600 kilomètres aller et retour pour revenir dans la Région Parisienne, et elle n’a rendu qu’une visite d’une heure à sa mère ! Elle a refusé de retourner la revoir avant notre départ. C’est ce qu’elle appelle bien aller ? J’étais cruel. Je connais ses relations difficiles avec une mère castratrice et haineuse qui l’a toujours rejetée. Je l’accompagne depuis plus de trente ans dans cette relation équivoque. Plus maintenant il est vrai. Une dispute phénoménale entre ma belle-mère et moi m’interdit tout nouveau contact depuis plus de quatre ans : Nous déjeunions chez elle, j’ai voulu l’obliger à regarder la mort de son mari (intervenue quatre ans plus tôt), en face. Quand j’ai essayé de la maîtriser lors de la crise de nerfs qui a suivi, elle m’a craché sa haine au visage en essayant de me donner des coups de genoux dans les parties. Je n’étais qu’un sale pédé qui faisait le malheur de sa fille... Je voudrais que Monique dépasse tout ça et ne voit que cette vieille de quatre-vingt dix ans, en fin de vie. Mais j’ai compris que lors de cette première visite à notre arrivée, sa mère s’était empressée de vider tout son fiel à mon encontre. Ma femme n’a pas supporté. En pleurant, elle m’a répondu : " Mais tu ne comprends donc pas que je ne supporte plus toute cette haine et cette hargne ? Que je ne supporte plus d’être issue de ça, de cette méchanceté intolérable ? "... J’aurais voulu la prendre dans mes bras. En temps normal, je l’aurais prise dans mes bras. Je suis resté figé sur mon fauteuil, la bouche ouverte, muet comme une carpe. Je ne sais pas réagir face à la souffrance de ceux que j’aime.
Nous avons parlé de beaucoup d’autres choses. J’ai essayé d’aborder la suite des événements, lorsque nous aurions les résultats des examens, d’ici une quinzaine de jours. Elle s’y refusait. Attendons de voir disait-elle... C’est elle qui a osé dire ça ! Alors que depuis quatre ans je bagarre toujours pour qu’elle ne tire pas de conclusions hâtives au vu des examens, sans attendre l’analyse du médecin... J’ai eu le sentiment d’être à côté de la plaque. Et si finalement elle s’accrochait à la vie ? Et si elle finissait par accepter les traitements lourds ? Pourquoi seulement maintenant ? Et si elle avait peur de m’entraîner dans la mort ? Tout devenait compliqué. J’ai eu envie d’accélérer le processus. De provoquer à ma seule initiative l’accident libérateur. Ce n’est pas conforme à nos idées et à nos valeurs. J’ai eu très envie de partir seul. Lâchement. C’est vrai, l’idée d’entreprendre un énorme combat sur des mois, voire des années, me fait peur... Que serait une vie dont la seule finalité serait... la survie ? Et c’est vrai, cela m’arrange bien l’idée de tracer bientôt le trait de plume final... Je ne tiendrai pas plusieurs années à ce régime. J’ai soif de repos.