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Même pas le bourdon... En cherchant des illustrations pour un forum, je suis tombé sur ce dessin que Fred avait fait étant adolescent pour illustrer la solitude. Je me suis laissé porter par ce mot au gré de mes vagues à l’âme... Quand même. Je ressens un vide. Un grand vide.
Je me mets en colère lorsque Monique exprime son inquiétude de me voir m’ennuyer ici. Il est hors de question qu’elle puisse avoir le moindre regret pour m’avoir entraîné si loin de mes attaches. Si elle était totalement heureuse rien d’autre n’aurait d’importance. Je sais ce à quoi elle fait allusion dans ses interrogations. Elle voit bien que je ne sors pour ainsi dire jamais seul, que mes jardins secrets sont réduits à l’état de fantasmes. C’est à moi d’assumer. Elle n’est en rien concernée. Bon Dieu, qu’il est difficile d’aller jusqu’au bout de ses choix !
De toute façon, je ne sais pas, je ne sais plus ce que je souhaite, ce que j’attends. Il y a sur ce sujet comme des contradictions... Là plus qu’ailleurs. Si, après tout, je le sais très bien. Je rêve de l’impossible. Et je me flagelle de me pas le rencontrer...
Je hais la vieillesse. Et pas seulement pour le lot de dégradations physiques et le chapelet de petites et de plus grandes affections qu’elle amène avec elle. Je hais la vieillesse. J’entends ce que je dis, j’entends le tollé autour de moi... Ces pôôôvres vieux, à qui l’on doit tout, et surtout le respect ! Eux qui ont tant souffert pour nous faire ce que nous sommes ! Eux qui ont été des héros pendant la dernière guerre pour défendre nos libertés ! On juge une société sur la façon donc elle gère la fin de vie de ses aïeux... Mais surtout qu’ils restent là où ils sont. N’ont pas à mettre les pieds sur nos plates-bandes... Je hais la vieillesse. Surtout la mienne.
Quelque chose a dû se casser brutalement pendant mon développement psychique. Je suis resté adolescent ou jeune homme. Je n’ai jamais pu accepter de vieillir. Beaucoup d’hommes et de femmes disent mal vivre l’anniversaire de leur quarantaine, cinquantaine, soixantaine... Je ne me suis jamais remis de mes trente ans. Soudain, sans prévenir, je n’ai plus été jeune. Beaucoup plus tard. Il y avait quatre ans que j’étais en analyse. Je cherchais le sens à donner à une anecdote qui m’avait troublé quelques jours plus tôt. J’avais dragué et séduit un bel éphèbe qui ne m’avait rien refusé. Un petit loubard certainement plus habitué à la bagarre qu’à écouter du Vivaldi. Il avait un corps de rêve, un visage d’archange, bref, une perfection que je n’ai hélas que très rarement rencontrée... J’avais été perturbé par la trop grande facilité à le séduire et à obtenir ce que je souhaitais. Je l’avais quitté sans aucune envie de le revoir. Et ceci me perturbait assez fortement. Que signifie cette quête incessante qui nous laisse encore plus insatisfait lorsque nous avons trouvé et obtenu ce que nous cherchons ? Mon brave psy dont les phrases étaient aussi rares que ses cheveux sur son crâne me souffla comme un encouragement... " Nous arriverons bien à nous intéresser aux personnes de notre tranche d’âge... "... Il n’a pas compris lorsque quelques séances plus tard je lui annonçais que j’interrompais mon analyse...
(J’entends déjà siffler à mes oreilles les pensées de mes quelques rares lecteurs... Pédophilie... Que les choses soient claires sur ce point. Ce fut une grande partie de mon travail d’analyse. Je n’ai pas de perversion pédophile. Je me suis beaucoup interrogé sur ce point, ayant eu dans ma jeunesse quelques aventures qui auraient pu recevoir cette qualification. J’étais moi-même mineur. J’ai parlé ici de mon grand amour d’internat. J’avais deux ans de plus que JRC, et un physique tellement plus imposant... Il ne fut pas le seul. Les doigts d’une seule main suffisent pour décompter ces histoires mais la culpabilité qui en a découlé me poursuit jusqu’à aujourd’hui. Dans un monde hostile où personne ne peut vous conseiller ou vous orienter, il peut être compréhensible que les plus perturbés cherchent auprès de plus faibles la complicité et l’intimité qu’ils ne savent trouver ailleurs. C’est une des explications. Il y en a bien d’autres. J’ai dit explications. Pas excuses. Une fois monté dans la capitale, les possibilités de rencontres étaient devenues tellement multiples que la question ne s’est plus posée. Il y avait suffisamment de garçons autour de mon âge pour que je n’éprouve plus jamais la tentation de brouter une herbe trop tendre... Ce qui ne voulait pas dire que les jeunes éphèbes imberbes et baraqués, style militaire ou loubard de banlieue, sur lesquels je fantasmais étaient devenus soudainement accessibles... Mais c’est une autre histoire.)
Cette parenthèse étant définitivement fermée, je vais essayer de reprendre le cours de mes pensées. Quelque chose a dû se casser brutalement pendant mon développement psychique. Mon intérêt n’a pas évolué avec l’âge. Je n’ai jamais été capable de voir dans un homme de plus de trente, trente cinq ans un objet de désir. Maintenant moins que jamais. Bien sûr il m’est arrivé d’avoir des aventures avec des garçons plus âgés. Emu ou séduit par un corps à la plastique irréprochable, ou emporté par l’enthousiasme d’une personnalité exceptionnelle. Ce fut rare. Je ne pus jamais envisager qu’une telle relation se prolonge... Et les choses ne se sont pas améliorées avec le temps... Malgré les efforts de mon psy...
Il y a belle lurette que je ne me fais plus d’illusion. Je n’ai pas d’autre choix que de me prendre tel que je suis. Avec mes limites et mes blocages. Avec mes enthousiasmes puérils et mes fantasmes de midinette. Tant que j’étais dans la Région Parisienne, ma vie affective n’était pas toujours facile, mais, bon an mal an, en sachant limiter mes ambitions je trouvais mon bonheur (bien grand mot). Le terrain de chasse est tellement vaste... Les possibilités de rencontres quasiment illimitées... Mais ici. Au fin fond de la province et de la France puritaine... Depuis trois ans, je n’ai pas repéré le plus petit lieu de rencontre... Il est vrai que je ne cherche pas vraiment. Lorsque le déménagement a été décidé, je pensais qu’Internet remplacerait avantageusement les séances de drague si souvent stériles, frustrantes et culpabilisantes. Je m’étais inscrit à un tchat gay et en espérais beaucoup... Pensez, la " toile " de taille universelle... Même après soixante ans on peut être candide –j’ai d’abord pensé CON, pourquoi ne pas le dire ? -. Il n’y a rien de plus cruel que le virtuel. L’anonymat donne tous les droits, méchanceté, bêtise, cruauté, j’en passe. Pourquoi se policer, puisque l’on reste à l’abri des représailles ? Pourquoi prendre le risque de voir brocarder sa trombine quand on peut impunément afficher une photo plus valorisante piochée dans n’importe quel fichier ou dans ses propres mais lointaines archives ? Et les messages qui se terminent par " ps. J’ai déjà un père et un grand-père. Quelqu’un de mon âge. Merci ". J’ai très vite abandonné la partie. Je ne suis pas sûr de l’avoir commencée.
Je suis vieux. Il faut que je me fasse une raison. D’autant que je ne suis pas capable de composer. Oui, je sais, il y a des jeunes qui aiment les personnes d’un certain âge. Même que le genre " nounours grisonnant " semble très prisé... On appelle ça la gérontophilie... Moi, quand j’entends ce mot, je pense toujours à la zoophilie... J’ai eu un jeune copain qui ne comprenait pas mes réticences. Il ne doit d’ailleurs toujours pas les comprendre. Il me lit peut-être. Il me dira... C’est pourtant simple. Que l’on trouve des attraits à ma bedaine, à mon excès pondéral, à mes tempes grisonnantes, à mon double menton, à la calvitie, que sais-je... Justement tout ce que j’abhorre chez moi. Comment pourrais-je l’accepter ? Quand j’étais plus jeune, c’était souvent ma carrure et mon aspect très " mââle " qui séduisait. " Tu dois être drôlement viril, toi... " et je partais en courant.
Il faut que je me fasse une raison. Que j’intègre, que j’assimile l’idée que je ne pourrai plus jamais séduire l’objet de mes fantasmes. Je m’y prépare. J’habitue progressivement mon esprit à l’idée que je dois me contenter du plaisir des yeux. Mon esprit, ça va, il progresse. C’est mon corps qui n’est pas toujours d’accord. Il y a quelques jours, j’allais faire une course quelconque en ville. A un carrefour, devant moi, un type magnifique. Dans les vingt-deux, vingt-trois ans. Tenue ordinaire de travail, chemise à carreaux, petit blouson ouvert sur un torse bien dessiné, ventre très plat et hanches étroites, la totale quoi. Jean un peu sale et tirebouchonné, qui laissait deviner – ou plutôt qui mettait en valeur- une protubérance du meilleur aloi. Un visage charmant, épanoui, radieux. Il avait une discussion animée sur son téléphone portable tout en marchant d’un pas vif et athlétique... Il m’a croisé sans me voir. Transparent je vous dis. Je me suis appuyé un moment sur le mur. Mes jambes ne me portaient plus. Mon cœur battait la chamade... Midinette je vous dis...
Ma femme sait tout, je le sais, je le sens. Je ne sais pas comment elle fait, parfois je pense qu’elle lit dans mon âme. Mais elle a déjà un si difficile combat à mener. Je me sens si démuni pour essayer de l’aider face à sa maladie... Alors mes problèmes... C’est à moi d’assumer. Elle n’est en rien concernée. Bon Dieu, qu’il est difficile d’aller jusqu’au bout de ses choix !