Nota :


>>Pour me contacter par mail<<

Pour ceux qui découvrent ce Blog...Mieux vaut suivre un ordre chronologique !

 

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Mercredi 21 février 2007

Pas très intéressant en soi, mais sans doute nécessaire pour essayer d’analyser l’évolution du relationnel entre ma femme et moi.

Jusqu’aux " événements " (C’est ainsi que nous nommons en famille la période entre mon arrestation et mon retour dans la famille), jusqu’aux événements donc, j’étais fonctionnaire en charge de jeunes en grandes difficultés. J’avais, au fil des années, gravi les échelons et m’étais vu confier des responsabilités au niveau départemental. Je m’investissais totalement dans ce métier que j’avais choisi et que j’aimais. Bien que je ne compte pas mes heures, j’étais maître de mon emploi du temps et, grâce à des horaires décalés, j’avais beaucoup de disponibilités pour ma famille. Après le troisième enfant Monique avait choisi de travailler à mi-temps, tous les matins. Pendant qu’elle était en classe, je m’occupais de la maison et des plus petits. A midi, nous nous passions le relais, et je partais pour mes visites dans les familles, pour les réunions, etc. ... Je ne pouvais rencontrer les parents de mes " administrés " qu’à leur retour du travail. Le soir je rentrais le plus souvent très tard. Mon " jardin secret ", mes escapades extraconjugales s’étaient progressivement insinuées entre deux rendez-vous, ou pendant le retour à la maison. J’ai toujours essayé de " voler " le moins de temps possible à ma vie de famille. Petit à petit, j’avais appris à connaître tous les lieux de rencontre du département que je sillonnais à longueur de journée. Je jetais un œil... S’il n’y avait personne qui retienne mon attention, je poursuivais ma route.

Le jugement plus que sévère du tribunal, les neuf mois de détention, n’avaient qu’un seul but réel : m’interdire de rester fonctionnaire et de continuer à travailler avec des jeunes. Ce fut le cas. Pendant des mois je me démenais pour essayer de retrouver un emploi dans la prévention ou l’accompagnement de personnes en difficultés. En vain. Lorsque je sollicitais un emploi, tous ceux qui m’avaient soutenu pendant mon combat se défilaient plus ou moins élégamment. Finalement, écœuré, déçu, puisque je ne pouvais plus exercer le métier que j’aimais, je choisissais un emploi réputé très payant : l’informatique. J’empruntais l’importante somme nécessaire pour une formation privée intensive. Un an après ma sortie de prison je débutais comme analyste programmeur... A trente cinq ans je me lançais à corps perdu dans cette nouvelle aventure. Dans ce métier encore nouveau, j’étais un vieux. Mes chefs avaient mon âge, voire étaient plus jeunes. D’une certaine façon, j’ai eu de la chance. Consciente de ces problèmes d’âge, la conseillère d’orientation professionnelle du Centre de Formation m’avait dirigé vers une " start-up ". Une petite société de services qui débutait, en précisant laconiquement : " Si elle marche, vous progresserez avec elle... Si elle échoue... " Le patron s’est bien débrouillé. L’entreprise a progressé. J’ai su me faire apprécier. J’ai appris à connaître un de mes chefs, associé et ami du fondateur. Il m’a pris sous son aile. M’a tout appris. Je l’appelais " mon maître ". C’est grâce à lui si un jour j’ai pu me targuer du titre pompeux d’ " ingénieur conseil ". Il m’a aussi pris en amitié. L’une des rares fois dans ma vie professionnelle où j’ai profondément culpabilisé de masquer ma véritable personnalité à une personne qui, elle, me proposait son affection sans aucun calcul. Mais j’étais tétanisé par l’importance des enjeux... J’ai gardé mes distances. Trop. J’ai gaspillé sa générosité. Nous nous sommes perdus de vue. Pourtant, je suis sûr, si je faisais un signe... Mais, très égoïstement, seule une chose comptait : je devais faire mes preuves, gravir les marches quatre à quatre, être reconnu pour ma compétence, aussi. Je n’avais pas prévu et encore moins imaginé que je serais incapable d’exercer un métier sans m’y investir un minimum. Neuf ou dix heures par jour de travail, plutôt que le minimum syndical... Trois heures de transport quotidien, Région parisienne oblige. Parfois plus, selon la position géographique du client... Essayer de ne pas trop souvent manquer le repas du soir et le coucher des enfants... Reste pas beaucoup de temps pour cultiver ses jardins secrets...

Je pouvais être content et même fier. Douze ans après avoir débuté au bas de l’échelle, je dirigeais une petite société de service avec vingt cinq collaborateurs. Mais bonjour les frustrations...

La guerre du Golfe. La crise informatique. Plus besoin des autodidactes de mon espèce. Fussent-ils Directeurs. Le chômage. La dépression. Le doute. Deux ans de descente aux enfers, qui ont par moment des couleurs de jardins secrets... Pleins d’épines.

 

Enfin une chance pour rebondir. La possibilité de concilier les expériences précédentes : Formateur en réinsertion sociale. Cinquante ans et repartir à zéro. Recommencer à faire ses preuves, à remonter les marches disons... Deux par deux. S’investir à fond, pour un salaire de misère. Ne pas compter ses heures, de nouveau. Le transport, de nouveau. Jongler avec les horaires : Besoin d’un peu d’air pour tenir le coup. Mais de plus en plus difficile de faire des rencontres. Trente ans et trente kilos de trop, ça n’aide pas. Il faudrait s’arrêter, simplement poser le pied et regarder vers où on va. Non, tenir. Prendre des responsabilités. Protéger à tout prix cet édifice, cette famille, ma seule raison d’être, la seule justification des frustrations accumulées.

 

Et puis soudain, tout qui s’effondre...

publié dans : Quand il faudrait s'assumer
ajouter un commentaire commentaires (0)   
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus