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La venue de notre premier enfant allait nous rapprocher encore davantage par une profonde communion dans nos conceptions pédagogiques. Ensemble, nous refusions les schémas traditionnels du père et de la mère, je m'occupais de lui autant que Monique, parfois plus, mon travail me laissant plus de disponibilités dans la journée que le sien. Nous lisions tous les livres traitant de la petite enfance qui passaient à porté de nos mains, et j'étais ébloui par notre entente absolument parfaite dans le domaine éducatif. Lorsque l'un de nous s'écartait de la ligne de conduite choisie, par fatigue ou par inadvertance, l'autre lui redonnait courage ou lui ouvrait les yeux. Il n'y eut jamais le moindre désaccord.
Nous étions heureux. Pendant ces quelques années, notre amour, notre bonheur, n’aura pas été sans ombrage. En fait, rien n'était facile. Nos difficultés à formuler nos sentiments et nos états d'âme, sensibles dès le premier jour, compliquaient notre vie quotidienne. Des silences plus ou moins longs troublaient parfois nos relations.
Sur le plan sexuel, après l'euphorie des premiers mois, c’était parfois difficile. J'étais tellement fragile sur ce point. Je redoutais tellement un éventuel échec. La conviction d’être " un mauvais coup " était tellement ancrée dans mon esprit. J’ai le plus souvent préféré donner du plaisir plutôt que d’en recevoir. Je n’ai jamais accepté de laisser mon ou ma partenaire insatisfait. Avec Monique, cela m'était insupportable. Très tôt, j'avais remarqué que lorsque je prenais l'initiative, je peinais parfois à la conduire au plaisir. Or elle ne se refusait jamais. Si elle-même me sollicitait, nous vivions des instants prodigieux. J'évitais de prendre les devants, et peut-être attendait-elle parfois vainement de son côté. Nous échangions trop rarement sur ces difficultés, comme sur le reste de notre vie. Elle me disait le plaisir –et le besoin- pour une femme de se sentir désirée. Je lui disais mes doutes et l’effet aphrodisiaque lorsqu’elle venait au devant de moi. Elle aurait voulu que je parle pendant l’amour, que je commente l’acte. Je n’ai jamais été en mesure de dire un seul mot, quel que soit le ou la partenaire. Je n’ai pas été capable de répondre à son attente sur ce point.
Nous passions outre ces difficultés aussi acharné l’un que l’autre à réussir notre vie de couple. Lentement, avec ténacité, nous construisions notre bonheur, tel que l'exigeait notre conception de l’amour. Dans une ambiance paisible et digne, qui n'a jamais souffert une dispute, Fred s'épanouissait entre des parents attentionnés et admiratifs. Oui, nous étions heureux. Le lit était parfois bancal, mais il n’y avait pas un instant, pas une action dans notre vie quotidienne où la complicité n’était pas totale. L’accord parfait.
Lorsque je repense à cette époque, je suis encore bouleversé par le bonheur paisible qu'il m'a été donné de vivre. Là ont été écrites les plus belles pages de mon existence, et quoi qu'il arrive, rien ne pourra effacer ce souvenir et la reconnaissance que je porte à Monique pour m'avoir tant donné.
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J’écrivais ainsi, de façon très fleur bleue, ce texte destiné à être lu par ma femme... J’étais en détention, profondément perturbé par notre séparation et par mon éloignement de mes enfants. Par mon avocat, je lui faisais parvenir les feuillets au fur et à mesure de leur écriture. Je n’avais donc pas la possibilité de revenir dessus. Lorsque je le relis aujourd’hui, trente ans après, la mièvrerie de certains propos me font sourire, mais je sens mon visage s’enflammer au souvenir de ces instants de bonheur. C’était un sentiment réel et très profond. Pas une seconde je n’ai regretté mon choix de basculer dans le monde " normal "... Je sais que je n’aurais pas pu vivre autrement. Maintenant, là, malgré les difficultés que je relaterai si je parviens à terminer l’exercice " historique ", ma reconnaissance envers Monique est totale et irréversible pour m’avoir permis de vivre ces mois là.