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Aujourd'hui, on parle d'homoparentalité... Aujourd'hui ! Dans les années 70, qui aurait envisagé pour un homosexuel une paternité par adoption, par mère porteuse ou par insémination artificielle ? A propos de ces débats, que je considère bien entendu comme des progrès, je reste cependant profondément réservé. Bien sûr des enfants peuvent être parfaitement heureux et épanouis avec deux parents du même sexe. Bien sûr il est imbécile de préférer voir de jeunes êtres galérer d'institution en institution plutôt que de les savoir entourés d'amour par des couples, même si ceux-ci vivent de façon hors normes. Mais lorsque c'est possible, je reste convaincu qu'un père et une mère présents et ensemble restent le cadre le plus épanouissant. Même si c'est au prix de plus ou moins gros sacrifices. Je veux dire par là qu'il est peut-être un peu trop facile de ne pas supporter la moindre contrainte ou difficulté. Que certains jeunes couples recourent un peu trop vite à la séparation définitive alors qu'ils ont procréé... Mais je n'ai pas les compétences pour ouvrir et coordonnner une telle discussion. Au delà de ce débat, reste une évidence : en m'offrant son amour, Monique me redonnait l'espoir d'être un jour père. Et ceci n'avait pas de prix. Rien ne pouvait me faire peur, je ne doutais de rien dans une telle perspective.
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Dès lors, notre vie allait être celle de tous les amoureux du monde. Au fil des jours nous découvrions notre entente sur les sujets les plus divers. Notre bonheur semblait sans ombrage. Si l'on oublie les petits accrochages inévitables dans tout couple, aucune difficulté majeure ne venait ternir notre bonheur. Les semaines, bientôt les mois, s'écoulaient.
Je quittais l'armée, étais affecté à un nouveau poste dans un internat de la banlieue parisienne. Lorsque mon travail me laissait libre, je rejoignais Monique dans les activités du Mouvement. La plénitude de ma vie dépassait tout ce que j'avais pu imaginer. Si mon travail ne me donnait pas totalement satisfaction, mon amour, mon action au sein de ce Mouvement me comblaient.
Nous logions toujours dans le minuscule appartement que Monique louait à Paris. C'était un petit nid d'amour qui nous aurait suffi amplement. Mais le loyer était cher. Malgré mes efforts, mon administration refusait obstinément de fournir un logement de fonction à un couple non marié ! Nous dûmes avancer la date de notre union officielle. Ce ne fut qu'une simple formalité, une brève cérémonie ne réunissant que nos proches.
A part le déménagement, rien n'était changé. Ce que j'ai dit jusqu'à présent me conforte dans l'idée que notre mariage reposait, d'abord et avant tout, sur un amour réciproque qui, à ce moment là, n'acceptait aucun doute, ni aucune contestation. Mais au delà de ce qu'éprouvent deux êtres, d'autres mécanismes entrent en jeu. J'aime les enfants, plus que ma propre vie. Cette vie était un calvaire tant que j'ai cru, sincèrement, ne pouvoir jamais avoir les miens, parce que je ne pouvais pas aimer et être aimé d'une femme.
A la date choisie depuis longtemps, nous programmions notre premier enfant. Ce ne pouvait être qu'un garçon. Ce fut Fred. C'était NOTRE fils. Notre lien irrévocable, absolu. La nature nous avait fait un clin d'oeil complice en programmant sa naissance le jour de la Saint Valentin ! Et en lui donnant, dès le berceau, toutes les chances. Il était beau comme un petit ange, avec des yeux d'un bleu intense. Je ne voulais pas me laisser aveugler par mon orgueil de père. Mais tout le monde s'extasiait sur lui, trop même à mon goût. Aujourd'hui encore je ne connais personne qui reste totalement indifférent en sa présence.
Savoir pourquoi ce besoin de paternité était si violent en moi ? C'est une question que j'ai souvent posée aux psy. Je n'ai jamais ni reçu, ni trouvé la réponse. Je ne saurais ni analyser ni expliquer ce sentiment violent et ingérable. Peut-être puis-je l'illustrer par un souvenir que j'ai gardé au plus profond de moi jusqu'à présent. Fred est né le matin de bonne heure. La clinique m'a appelé à temps et j'ai pu participer à l'accouchement. J'ose dire participer, oui. Jamais je n’oublierai cet instant où le médecin accoucheur m’a présenté les ciseaux pour que je coupe moi-même le cordon.
Quand j'ai pu quitter la clinique, je suis rentré à la maison pour téléphoner la nouvelle à toute la famille. Mais, incapable de conduire, j'ai du me garer sur le bas-côté pour pleurer. Pendant plus d'une demi-heure, j'ai pleuré, hoqueté, bavé, mouché, incapable de me contrôler et de me calmer. Je me suis fait peur ce jour là. Souvent le souvenir de cette émotion violente est revenu. Je le ré enfouissais aussitôt au plus profond de moi-même.
Cette relation à mes enfants est la seule chose que je ne puisse pas partager avec Monique. Il y a elle, une relation unique, forte, vitale pour moi. Et il y a eux, ma chair, mon sang. Je ne sais pas comment dire, expliquer, illustrer. C'est vrai, ils comptent plus que tout. Allez, j'ose. Plus que Monique même. Après notre nuit passée chez mes parents, j'avais cru ne pas pouvoir être plus heureux. Et je découvrais la paternité. Je ne peux mieux que ce qui précède pour exprimer cette joie, où se confondent la fierté, l'orgueil, la tendresse, l'instinct animal, le désir de dévouement, de don de soi.