Nota :


>>Pour me contacter par mail<<

Pour ceux qui découvrent ce Blog...Mieux vaut suivre un ordre chronologique !

 

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Mercredi 31 janvier 2007

N'allez pas penser, en lisant l'extrait ci-après, que je souhaite un tant soit peu faire acte de prosélytisme. Seule une phénoménale souffrance m'envahit lorsque je ravive ces souvenirs. Je pense et j'espère que n'importe quel jeune, homosexuel ou non, éprouvera malaise et même horreur à la lecture de ces quelques lignes...

Il faut garder en tête que les faits relatés datent d'avant Mai 68 (et d'avant le Sida). Aujourd'hui les choses ont beaucoup changé en diminuant la culpabilité et en augmentant la visibilité des pratiques sociales malginales. Mais ne nous y trompons pas non plus ! Ces pratiques existent toujours. Trop souvent encore un jeune qui se découvre homosexuel est dramatiquement isolé, sans interlocuteur, et réduit à fréquenter des lieux de rencontre plus ou moins sordides.

 

... ... ...

Les yeux enfin ouverts, j'observais un moment les mouvements et les manèges des habitués. Puis, le col relevé, je me glissais à l'intérieur, aussi discrètement d'un clochard dans une réunion mondaine. Et me décidant à regarder, je voyais enfin.

Il ne fallait pourtant pas être un spécialiste pour remarquer les hésitations des entrants, leur regard circulaire, avant d'aller se placer à côté du partenaire choisi. Pour s'étonner de voir des hommes attendre leur tour, alors que de nombreux urinoirs restaient libres. Pour les voir se précipiter, parfois à plusieurs, vers celui enfin libérée près d'un jeune mâle au physique agréable. Pour surprendre les glissements latéraux de place en place jusqu'à rejoindre l'objet de sa curiosité.

Madame Pipi ne voyait rien, se contentait de lancer un merci blasé à chaque pièce dans la soucoupe. Certaines oboles produisaient un son plus lourd qui l'aidait peut-être à ne rien voir.

 

A chaque voyage à Paris, je passais dès lors par cet endroit, apprenant petit à petit les règles du jeu. Il était indispensable de respecter certaines conventions, qui semblaient tacitement passées entre les usagers. Pour le reste, tout était facile. Un coup d'œil sur le côté, pour évaluer l'émoi du voisin. S'il se cachait ou tournait légèrement le dos, il valait mieux abandonner. S'il offrait le spectacle de sa virilité au mieux de sa forme, l'espoir était permis. Un long moment passait ainsi, l'un près de l'autre, à s'observer, à se jauger, à jeter des regards sur les voisins et derrière soi pour s'assurer qu'il n'y avait pas de type à l'allure douteuse, flic ou chercheur de bagarre.

Une main se glissait discrètement vers le sexe du voisin. Parfois, quelques caresses furtives menaient le partenaire au paroxysme. Peut-être attendait-il depuis trop longtemps la rencontre. Peut-être satisfaisait-il là des pulsions voyeuristes, exhibitionnistes. Peut-être se contrôlait-il mal. Le plus souvent une véritable fuite concluait cet acte à peine ébauché. Lorsque le toucher confirmait ce que les yeux avaient aperçu, un léger signe, et l'on se retrouvait dehors. Pour parler plus tranquillement, pour rejoindre une cache quelconque. Oui, facilité et choix. Aux heures de pointe, les hommes venaient là par dizaines. Il était toujours possible d'espérer rencontrer une personne qui nous plairait dans le nombre. Et pourquoi pas LA rencontre ?

Effectivement, je connus là un bon nombre d’aventures. Deux difficultés m'assaillaient dès le début. J'attirais, semble-t-il comme un aimant, les plus mûrs, sinon les plus âgés des dragueurs. Ils me poursuivaient de leurs assiduités au point que je devais prendre un air méchant... qui faisait fuir ceux à qui je voulais plaire ! Lorsque enfin j'abordais un gars agréable, presque toujours c'était comme moi un passager n'habitant pas à proximité de la gare. Dépités, nous nous séparions après une promesse improbable de rendez-vous, ou alors nous devions rechercher les recoins sombres, les cachettes plus ou moins sordides. Là, toujours sur le qui-vive, inquiets et fébriles, nous prenions un plaisir coupable et rapide.

... ... ...

Très vite, j'avais désiré ne pas utiliser ces moyens ignobles et indignes de mes sentiments, de la pureté et de la beauté que je recherchais. Mais j'avais aussi le cœur broyé de voir partir un être magnifique et désirable, que sinon - je ne fus pas long à ne plus me faire d'illusion - je ne reverrais jamais.

Alors, lorsque mon compagnon faisait par trop battre la chamade à mon cœur sevré de tendresse, j'acceptais les caresses à la sauvette, espérant toujours qu'un bonheur immense en naîtrait, qui nous interdirait de nous séparer ou qui nous obligerait à nous retrouver.

Et chaque fois déçu et démoralisé, je voyais le garçon partir sans que nous ayons échangé une dizaine de mots, sans nous être dit nom, prénom ou âge.

 

La déception la plus grande vint de la découverte des intérêts, des obsessions, des manies de ces relations furtives. Jusque là, je n'avais connu l'amour physique qu'au travers de la tendresse, des caresses, et des baisers de jeunes et affectueux compagnons. Le plaisir, la jouissance, n'étaient que le point culminant d'un bonheur lentement conduit au paroxysme. L'affreux quadragénaire des W-C de la Ville Nouvelle n'avait été qu'une déplorable exception, vite rejetée dans l'oubli.

A Paris, je découvrais la recherche du plaisir pour le plaisir, la satisfaction brutale et égoïste de pulsions mal acceptées.

C'était de jeunes et beaux gars éjaculant par les seules caresses préliminaires, dans les urinoirs même, au milieu de la foule, et qui s'enfuyaient aussitôt, sans regarder personne. Chercher à les rejoindre les rendait même souvent agressifs.

D'autres refusaient toute approche, se masturbaient seuls, dévorant du regard, et du regard seulement les braquemarts tendus vers eux par le désir.

C'était ce jeune de dix sept ans qui, après m'avoir entraîné dans un coin, me faisait une fellation qui le faisait jouir sans que je le touche, et qui me laissait planté là, abasourdi, sans un mot.

C'était un jeune de vingt trois ou vingt quatre ans qui s'enfermait avec moi dans une cabine, qui voulait que j'utilise sa bouche comme un sexe de femme, attendant que mes reins impriment les mouvements libérateurs pendant qu'il se masturbait. En très peu de temps je le vis ainsi s'enfermer successivement avec cinq ou six jeunes différents...

C'était ce gars un peu plus âgé, très beau, très viril, qui dès que nous fûmes seuls me présenta ses fesses pour une passivité absolue.

C'était d'adorables éphèbes qui me demandaient de les sucer, sans préambule, sans préalable, sans baiser, sans caresse, sans nuance.

C'était surtout d'innombrables garçons, visiblement à la recherche d'un compagnon, qui pourtant s'enfuyaient littéralement à mon approche, casant avec peine leur vit congestionné dans leurs pantalons étroits. Chaque fois je recevais moralement une gifle. J'étais donc si abominable pour faire fuir tous ces jeunes ?

 

Je sortais de ces mésaventures ou de ces sans-aventure écœuré, démoralisé, dégoûté de moi-même et des autres. Paradoxalement, je réagissais par une fuite en avant, par la recherche d'autres partenaires, par la poursuite du compagnon idéal.

Petit à petit, je découvrais les différents points de ralliement du Paris diurne et nocturne, les "tasses", les jardins publics, les cinémas. Et partout j'échouais aussi lamentablement.

Moi qui ne rêvais que de douceur, de tendresse, je ne rencontrais que des égoïstes ou des obsédés, je ne plaisais qu'à des gars qui recherchaient le partenaire viril, voire brutal, que je savais ne pas être.

Quand même, de temps en temps, j'avais la chance de tomber sur un garçon qui me plaisait beaucoup et qui possédait un logement, une chambre. Hélas, le scénario était toujours le même. Lorsque, parfois après une discussion intéressante nous nous retrouvions dans le lit, après quelques baisers et quelques caresses il me demandait de le prendre. Je n'avais que très rarement pratiqué le coït anal. Je trouvais cet acte laid, sale, à cette époque je ne le désirais pas, à la limite il me révulsait.

Alors j'hésitais, je m'exécutais à contre cœur, pour faire plaisir, et le résultat était déplorable. J'en étais venu très vite à redouter ce moment, et mon érection s'en ressentait. Ainsi, des rencontres parfois merveilleuses se terminaient sur des échecs, et je ne revoyais plus mon partenaire, même si avant, lors de la discussion, il en avait manifesté le désir.

L'un d'eux me dit un jour : "ce n'est pas normal tu sais, tu devrais voir un docteur".

Le coup de grâce, ce fut un jeune homme de vingt quatre ans qui me le porta. Il était exceptionnellement beau, très brun, grand, élancé mais très musclé. Une tenue de loubard, jeans, blouson de cuir, foulard, accentuait son aspect viril. Nous nous étions rencontrés dans une tasse et il m'avait emmené chez lui, dans un très bel appartement meublé avec goût. Nous avions fait l'amour une bonne partie de l'après-midi, toutes les caresses possibles avaient été échangées, et inévitablement il avait voulu se donner à moi. Il me plaisait tellement, il était si bien bâti, si désirable, que je m'étais exécuté presque volontiers. Mais difficilement. Cahin caha, avec son aide, nous étions cependant arrivés à un plaisir violent et simultané.

J'étais heureux, nous avons parlé longuement, il se montrait fin, intelligent et cultivé. Je ne parvenais cependant pas à lui proposer un nouveau rendez-vous, peut-être redoutant son refus.

Quelques semaines plus tard, je le rencontrais de nouveau. Il faisait mine de ne pas me reconnaître. Dominant toutes mes appréhensions, je l'abordais. En me regardant avec mépris, il me lançait cette phrase :

- Il ne suffit pas d'avoir une grosse queue, encore faut-il savoir s'en servir !

 

A ces continuelles déceptions, à ces tortures permanentes infligées à mon romantisme puéril, s'ajoutaient la culpabilité, le sentiment d'être anormal, et la peur.

La peur, oui, car dans ce milieu sordide et marginal des dragues nocturnes, les risques étaient nombreux. Et cette crainte sensuelle, qui plus tard devait donner du piment à mes aventures, n'était encore qu'une gigantesque peur de tous les instants.

publié dans : Journal d'avant mariage
ajouter un commentaire commentaires (2)   
blog famille et enfants sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus