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Neuf mois seul entre quatre murs. Seul, insupportablement seul car placé " à l’isolement ". Dès le rejet de ma première demande de liberté provisoire, comprenant que cette détention pouvait durer, j’ai entrepris d’écrire pour ma femme, je voulais tout lui dire, tout lui raconter. Formalisé, ordonné autant que je pourrais le faire. Elle connaissait l’essentiel, mais dans le désordre... Ma participation à notre combat. Pendant qu’elle, à l’extérieur, en plus de s’occuper des enfants, organisait la lutte et un Comité de Soutien.
Pour ce Blog, je veux relire toutes ces pages, et livrer à la critique d’un éventuel lecteur quelques uns des passages qui m’apparaissent les plus significatifs.
" AU DEBUT IL Y AVAIT L’INNOCENCE ... "
Petit dernier d'une brave et honorable famille très modeste, comme il en existait des millions dans cette après-guerre. Né d'un père gascon et d'une mère landaise, j'étais un pur produit de notre sud-ouest, dont je devais connaître tant de coins, des landes au bordelais, de l'Agenais au Béarn, du Pays Basque à la région tarbaise.
Petit dernier, arrivé dix ans après son frère et sa sœur, lorsque l'un se prépare à l'école militaire et l'autre à entrer en pension, je devais être élevé en fils unique entre un père travailleur, sobre, militant, idéaliste, foncièrement honnête, et une mère douce, courageuse, cultivée, tout aussi militante et idéaliste.
Petit dernier, né de parents à la quarantaine, toujours confiants et pleins d'espoir, qui accueillent la surprise sans doute avec fatalité, mais avec bonheur, en apparence tout au moins.
Brave et honorable famille où je devais ignorer la méchanceté, le mal, la mesquinerie. Où l'amour était une fête, où dire du mal du voisin n'existait pas. Où il valait mieux être pauvre mais honnête. Qui suscitait le respect et l'amitié partout où elle posait ses valises.
Pauvres, nous le fûmes pendant de longues années. Mes frère et sœur avaient connu quelque aisance et les petites facilités des enfants de commerçants, je n’ai connu que la faillite, la pauvreté, la fuite devant la misère. J’ai vécu l'après-guerre.
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Quelques flashes, par-ci, par-là, demeurent. Les longues journées passées seul avec Maman courbée sur son ouvrage, qui n'a pas le temps de répondre à mes questions. Un merveilleux Noël avec un livre et trois oranges. Les premiers jours d'école. La joie enivrante d'être devenu grand. Les retours de classe, main dans la main, avec ma petite fiancée qui accepte mes baisers. Le fils aîné de nos amis qui me ramène à cheval sur le porte-bagages de son vélo, mes petits bras enserrant sa taille. Le trouble provoqué par la chaleur de ce corps.
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C'est à cette période que se rattachent mes premiers souvenirs sexuels précis. J'avais huit ans, et je me cachais à l'arrière des voitures pour caresser le sexe de ma copine... C'était une grande : elle avait onze ans. Son père et le mien étaient de fervents militants politiques. Ce jour là, nous allions à la fête du Parti dans la grosse voiture break de nos amis. Les parents étaient installés aux places assises. Ils avaient engagé une discussion animée, où ces grands amis, militants d'un même parti, trouvaient le moyen d'élever le ton. Nous, les enfants, étions assis à même la caisse, à l'arrière, là où l'on chargeait habituellement les claies de pruneaux. La suave odeur sucrée planait encore. Le voyage était long pour des enfants qui ne s'intéressaient pas à l'avenir de la France et du prolétariat.
A l'allée, nous en étions arrivés, je ne sais trop comment, à parler de la différence entre garçon et fille. Je parlais avec force détails de ce petit doigt qui, de temps en temps devenait dur comme du bois, qui à d'autres moments restait flasque et insensible. Mais je n'arrivais pas à comprendre comment une fille pouvait ne rien avoir. Comment faisait-elle pipi, alors ? Et elle ne devait rien sentir ?
Pendant la fête, nous nous étions retrouvés assis à l'ombre des pins, et la fillette, à l'aide d'un bois de bois, dessinait soigneusement dans la poussière ses parties intimes. La fente au milieu, les petits plis très doux, les bosses de chaque côté, comme deux lèvres, avec beaucoup de petits points qui plus tard seraient des poils. La chose me paraissait bien étrange, et me voyant incrédule, elle me proposa, au retour, de toucher si je voulais.
Dès que nous fûmes installés à l'arrière, et que la voiture démarra, je lui rappelais sa promesse. Elle me permit de glisser ma main dans sa culotte, et je passais le voyage à caresser son sexe, promenant mon doigt dans la fente, touchant petites et grandes lèvres. J'assouvissais ma curiosité, sans me soucier, ni me rendre compte, que je devais lui apporter du plaisir.
A quelque temps de là, ce fut à son tour d'exiger de voir comment j'étais fait. Je m'exécutais très volontiers, heureux, mais pas étonné de lui présenter mon engin gros et raide. Je trouvais ridicule qu'elle puisse se demander comment je faisais pour marcher avec "ça" dans la culotte.
Ces petites fantaisies durèrent aussi longtemps que nous nous vîmes. Elle commençait en sixième, pensionnaire, à la rentrée. Chaque fois que nous étions ensemble, nos intérêts se fixaient sur le sexe, et je me conduisais en tyran. J'exigeais d'être présent lorsqu'elle urinait, et la voulais toujours à ma disposition. Je crois que jamais nous n'eûmes le sentiment de mal agir, mais nous nous cachions, car c'était notre secret.
J'avais huit ans, et fier de mes connaissances que je croyais exceptionnelles, j'entraînais mes petits camarades sous les ponts pour les épater...
La pêche était l'une de nos grandes passions. Une rivière, peu profonde à la belle saison, coulait au fond de la vallée verdoyante qui longeait l'agglomération. Avant de partir avec nos lignes, nous allions farfouiller sur ses rives pour faire provision de traîne-bois, nos appâts préférés. Sous un petit pont, nous en trouvions des colonies entières. Le chemin qui passait au-dessus était rarement fréquenté. Il conduisait au vieux moulin à vent, sur la colline opposée à la ville, vieux moulin abandonné depuis fort longtemps, à la toiture éventrée, aux ailes brisées pendant lamentablement. Lorsqu'il y avait du vent, ces moignons d'ailes grinçaient sinistrement, et nous, les enfants, n'osions pas nous en approcher. Il se colportait de terribles histoires de fantômes... Le pont était la limite de nos excursions. J'allais le plus souvent ramasser les traines-bois avec un compagnon de deux ou trois ans mon aîné. Immanquablement, dans le secret de cette cachette, nous en venions à parler sexe. Moi qui avais pensé l'éblouir avec mes connaissances et ma fraîche expérience, je découvrais avec stupéfaction tout un monde que j'ignorais. Non seulement les sexes étaient différents entre garçon et fille, mais ils étaient faits pour se rencontrer et se compléter ! C'est ainsi que l'on faisait les enfants ! Un jour, plus particulièrement axé sur les travaux pratiques, mon compagnon me somma de baisser ma culotte et de me pencher en avant, pour me montrer qu'une bite pouvait bien entrer dans un trou.
Fit-il le simulacre ou me prit-il réellement ? Je suis incapable de m'en souvenir, et je ne garde trace d'aucune sensation. Nos expérimentations avaient été interrompues par le bruit au-dessus de nous des vélos de nos camarades qui nous rejoignaient.