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Ce qu’il y a de plus ignoble dans la tenue d’un blog, c’est que l’exercice exacerbe l’égocentrisme naturel de l’auteur. A longueur de pages, je
ne parle que de moi. Alors que toute ma vie tourne, et a tourné depuis des années autour de ma femme et de mes enfants. Bien sûr, en creux ils sont toujours là, elle est omniprésente. Mais en
creux. Jamais sur le devant de la scène. Discrète. Timide et réservée. Comme toujours. C’est ainsi que je la remarquais. Nous militions tous les deux dans un mouvement d’éducation nouvelle.
J’étais instructeur de base, elle, instructrice permanente, détachée de l’Education Nationale. Elle faisait partie des six ou sept " monstres sacrés " comme nous les nommions
affectueusement, qui avaient la force et le courage d’encadrer une bande effroyable de soixante ou soixante-dix adultes de tous âges, aux personnalités diverses mais toujours fortes et quelque
peu indisciplinées... Lors des regroupements régionaux, lorsque je la voyais se camper devant cette assemblée tumultueuse, en levant les bras pour attirer l’attention et demander le silence, et
que sa merveilleuse voix de soprano donnait le ton pour le chant que nous allions reprendre en cœur, j’étais inévitablement surpris de voir ce petit bout de femme, timide, effacée, discrète, qui
soudain donnait toute la mesure d’une personnalité hors du commun.

Elle est issue d’une famille très modeste de l’Ile de France. Elle a toujours voulu être enseignante, ses parents se sont démenés pour lui
permettre de poursuivre ses études.

Après avoir échoué à l’entrée en Ecole Normale (Devenues IUFM), elle s’est accrochée, et le bac en poche, elle est entrée par la petite porte dans la grande maison. Remplaçante. A 18 ans, elle se
retrouvait avec des classes de fin d’étude, et des mômes plus que turbulents de 14 ans...
Ici, vers 14 ans justement, en arlésienne...
Elle s’est naturellement orientée vers les classes maternelles, et cinq ans plus tard le hasard et son courage l’amenaient à
diriger une école de dix classes... Le Mouvement la remarquait. Elle a
rejoint la commission nationale " Petite Enfance ". Quelques courtes années plus tard elle est devenue permanente du Mouvement.
Même si après la naissance de Karine, notre troisième enfant, elle a choisi de redevenir enseignante de base pour être plus disponible pour ses enfants plutôt que pour ceux des autres, j’ai toujours pensé qu’elle faisait un travail remarquable, notamment vers les enfants issus des milieux les plus défavorisés.
Et pourtant... Combien de fois l’ai-je entendu dire : " Je ne fais rien de bon, je ferais mieux d’aller vendre des allumettes sur les
marchés... "
Non, je ne dois pas continuer dans ce sens. Ce serait atroce de faire aujourd’hui un éloge funèbre. Surtout pas. Elle vit. Elle est là parmi
nous. Discrète. Réservée. Il y a quelques jours son cousin est venu nous voir. Quand elle s’est couchée, nous avons un peu parlé. Il était bouleversé. La voir ainsi alors que l’on sait qu’elle
n’ignore rien de son état, et que ses jours sont comptés. Jamais Monique n’a prononcé un mot sur ses souffrances, sur ses angoisses. Elle demandait des nouvelles de tous, s’intéressait aux
enfants, aux petits enfants. Racontait des anecdotes, lançait quelques traits d’humour. Jusqu’à ce qu’une fatigue trop forte l’oblige à se retirer. Avec nos enfants, elle insiste pour qu’ils ne
remettent pas en cause leurs projets. Pour qu’ils continuent de vivre. Vivre. Jusqu’au bout. Jusqu’à la dernière seconde.
Monique a eu une éducation plutôt rigide, plutôt coincée. La petite jeune femme sage et bourrée de principes et d’interdits, au petit chignon
serré sur le haut du crâne, que j’ai connue en premier, s’est libérée seule, a fait son chemin seule. Ses cheveux libres et flottants sur ses épaules ont été l’un des premiers signes de son
affirmation de femme en tant que femme. C’est sans doute l’une des raisons qui ont fait qu’elle ne pouvait supporter de perdre ce symbole, sa chevelure. Au point de refuser les traitements
qui entraînaient inévitablement une alopécie, au risque de se condamner à court terme. Elle a fait ses choix, en connaissance de cause.

Et personne n’a le droit de les critiquer. Personne ne peut imaginer les combats qu’elle a dû mener pour être ce qu’elle est : une femme
libérée. Et moi, je peux dire encore moins de choses. Je le sais, c’est en grande partie pour moi qu’elle a fait ce chemin.

La naissance de Xavier...
Aucun de vous non plus ne peut seulement imaginer tout ce qu’elle représente ; Je pourrais passer des pages et des pages à faire son panégyrique. Vous n’auriez qu’une minuscule idée de ce qu’elle est, de ce qu’elle représente pour moi. Je ne reconnais à personne le droit de me dire que la vie continue.

Il y a dix-huit mois

Ces jours-ci. Jour "sans"... ... ... ... ... ... ... ... ... Jour "avec" ...