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Hier soir, nous étions encore à table, je venais chercher un paquet de cigarettes au bureau et passais vite fait devant l’écran resté allumé. Un nom me sautait aux yeux. Un nom que j’espérais, n’espérais plus depuis de trop longues semaines. Il acceptait de ne plus se cacher ! Je me mettais aussitôt en ligne. Dans la minute je recevais le premier "Hello !" J’oubliais de respirer.
Un rayon de soleil traversait mon cœur.
Quelques mots. Quelques courts échanges. Simples. Sans fioritures. Je souriais seul. Il me tendait la main. Il ne m’en voulait plus. Il était en train de lire ce blog.
Un rayon de soleil m’éblouissait.
Tante Madeleine était la sœur aînée de ma mère. " Tata Mado " pour tous. Elle était la Marraine de ma propre sœur aînée. Pour moi elle fut toujours " Tata Marraine ". Jusqu’à sa mort à 96 ans.
Veuve très jeune, jamais remariée, elle n’a pas eu d’enfants. Mais elle se plaisait souvent à dire : " Le Bon Dieu ne m’a pas donné d’enfant, mais le Diable m’a donné sept neveux et nièces ! ". Elle nous adorait et nous gâtait autant que le lui permettaient ses modestes ressources.
Très petit, j’avais eu l’idée de lui écrire des poèmes. C’était devenu une institution. Pas une date marquante, anniversaire, fête, changement
de saison, où je ne lui aurais envoyé quelques vers. Elle les attendait. Je peinais pour arracher à ma malheureuse imagination quelques quatrains minables qui faisaient son bonheur. A sa mort,
j’ai eu la surprise de retrouver dans une enveloppe quelques feuillets sauvegardés pour une raison inconnue. Pourquoi ceux-ci parmi d’innombrables feuilles de cahier ? Pour la postérité, je
ne résiste pas au plaisir d’en citer deux, parmi les moins mauvais... C’est dire !
Je devais avoir dix ans...
J’avais quinze ans...
Depuis l’âge de vingt ans, je m’étais bien gardé de me fourvoyer dans de telles galères... Hé bien, ce soir, je m’y essaye. Ce sera ridicule. Mais tel que, ce sera un cadeau à mon rayon de soleil.
Derrière l’écran trouble de la toile
Je te vois avec une extraordinaire précision.
Sans effort, je peux soulever le voile
Et me repaître de cette douce vision...
Si simple et si ordinaire,
Enfant des cités, Adolescent lésé,
Jeune homme volontaire,
Adulte agressif, et adulte apaisé.
Si simple et si ordinaire,
Anonyme, effacé, et blogueur de génie,
Gentil père, amant qui sait plaire,
Frère fidèle, ami sincère, qui jamais ne renie.
Petit loubard, en muscles et en nerfs,
Corps de satin et de velours, ventre plat,
Sourire carnassier et lèvres sensuelles,
Mains gantées ignorant les caresses,
Yeux de braises projetant de l’acier,
Etendard en avant, prêt à tous les combats,
Machine de plaisirs, qui se veut sous contrôle,
Mais est prête à sombrer en rencontrant l’amour...
Tu es à l’aube de ta vie,
Je précède le coucher du soleil.
La distance est trop grande, quelles que soient mes envies,
Ma route donne au ciel sa couleur rouge sang, et tu l’irradies de vermeil...
Mon chemin a été parsemé d’épines et d’embûches,
De bonheurs, d’extases et de sensualité,
Tes premiers pas voulaient que tu trébuches,
Mais le destin a buté sur ta vitalité...
Vis. Vis simplement. En vivant tu m’aideras à vivre.
Loin de moi et si près de mon cœur.