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Lundi 29 octobre 2007

Dimanche à Lundi, 01h.45 ...

 

C’est ce dimanche qui veut ça. Après avoir mis l’heure d’hiver sur tous les cadrans de la maison, j’ai pensé utile de mettre aussi à l’heure mon blog.

Seulement je n’ai pas posé les pieds sur terre un seul instant. Il est minuit quand je me pose enfin devant l’ordi.

Journée effroyable. Une amie de Monique est venue la voir. Elles ont jacassé toute l’après-midi d’hier. Trop sans doute. Ce matin, cette amie a vu le résultat. Monique était très mal. Elle n’a rien pu avaler de la journée, le peu qu’elle prenait repartait aussitôt. Elle souffrait énormément. L’infirmière avait enfin reçu la consigne d’augmenter de façon importante les doses de morphine. Cela n’a pas été suffisant. Journée effroyable. Journée classique d’une fin de vie assumée, mais, bien sûr, quand même, difficilement acceptée...

J’ai essayé d’être à la hauteur.

 

Mes pendules, donc.

Lorsque j’ai commencé ce blog, en janvier de cette année, la maladie de ma femme n’était encore qu’un concept. Pour moi, je veux dire. Les douleurs étaient déjà là, mais encore supportables pour elle. Nous menions une vie quasi normale.

Je me suis lancé dans l’écriture d’abord par jeu. Je voulais découvrir le monde des blogs. Ensuite parce que je pensais que mon témoignage pouvait être utile à quelque illustre inconnu. Enfin, parce que je savais que je n’aurais que trop l’occasion de stationner devant cet écran.

Déçu comme prévu, mais déçu quand même par les sites gays et les chats. J’avais envie de tenter une nouvelle aventure.

Je ne vais pas reprendre ici l’analyse que j’ai faite lors du bilan. Simplement noter que très vite une évolution s’est produite, et que les buts du journal intime ont pris le pas sur le reste : laisser une trace écrite qui serait lue par mes proches. Plus tard, après.

Alex a dévergondé ce processus. Je me suis mis à écrire aussi pour lui.

Puis W. a capté mon attention. A envahi mes pensées. Un dialogue s’est installé.

Puis quelques lecteurs –et lectrice- ont prolongé, amplifié ces échanges.

Je me suis pris au jeu d’être lu, jaugé, jugé, apostrophé, sermonné, tancé, cajolé, consolé...

J’en ai oublié par moment que j’écrivais pour mes enfants.

Pourtant parallèlement je m’acharnais à tendre vers plus de transparence. A coucher sur le clavier le Boby le plus authentique. Et, Ciel, que c’est difficile !

Le but n’est pas d’écrire. Je l’ai dit, je le redis. Je trouve mon style exécrable, je me sens inculte et limité intellectuellement. J’ai vu tellement de blogs, écrits par de vrais écrivains ou par des amateurs éclairés... Je n’ai jamais prétendu leur faire concurrence.

Le but n’est pas de hurler à la terre entière " Voyez comme je suis malheureux ! ". Chaque jour je vois pire que ce que je traverse. Je suis un favorisé. Je le sais.

Le but n’est pas, non, W., de " mettre en scène " une mort annoncée. Non. Je ne sais pas ce qui m’attend, je ne sais pas comment tout ça va finir. Je sais que cela se fera dans l’anonymat le plus absolu, dans la discrétion la plus grande possible. Un jour ce blog s’arrêtera. Définitivement. Point. Par lassitude ? Par indifférence ? Parce que je ne serai plus là pour l’écrire ? Quelle importance pour les quelques lecteurs réguliers ? Ils partiront vers d’autres bords, vers d’autres horizons.

 

Le but pour moi était de montrer à mes proches que mes choix n’étaient pas un acte désespéré de dépressif, mais un acte longuement réfléchi, mûrement évalué, sereinement choisi. Un acte de liberté. Un acte d’homme.

Ces derniers jours je me suis demandé quel intérêt il y avait à ce que je continue ce blog ? Après tout, dans mon ordinateur mes enfants trouveront le fichier Word qui contient les brouillons. Je pourrais ne continuer que les... brouillons... Mais je ne saurais dire pourquoi, je ressens l’acte d’éditer sur un site public comme ayant une toute autre portée. Même et surtout pour mes proches. Une façon de dire encore plus fort : " Je n’ai pas honte de ce que j’ai vécu, j’assume tout, du début à la fin "...

 

Cette " aventure " a fait naître à la marge des amitiés qui pourraient être merveilleusement belles. Mais je n’ai pas confiance en moi. J’ai un énorme trop plein d’affection et de tendresse qui me ferait me jeter dans les bras de n’importe quelle âme généreuse. Mais il ne le faut pas. Je ne suis que virtuel, je dois le rester. Le virtuel s’efface plus vite.

Non, Olivier, je ne pense pas que l’on puisse parler de déception pour Alex et WajDi. De la tristesse seulement. Je sais que je n’ai pas l’âme frivole de la plupart des internautes. Je sais que j’aurais tout fait pour être à la hauteur, dans la durée, de ces rencontres. Je sais, allons, soyons plus modeste, je crois que je pouvais apporter beaucoup à ces jeunes. Je suis triste d’avoir échoué. Pas déçu.

 

Pourrais-je découvrir encore des choses ? Sans doute. Pourrais-je faire découvrir d’autres choses ? Très certainement. La richesse de l’expérience. Mais tout ceci pèse si peu dans le plateau de la balance. Mes petits enfants ? Phrase malheureuse... Dans quelques jours la seringue du chirurgien va aspirer deux œufs, des petits jumeaux qui arrivaient par surprise... Et je suis objectivement obligé de l’approuver. Le cœur serré.

 

Merde. J’en prends l’engagement ce soir. Je ne parlerai plus de la mort et de la maladie qui rôdent autour de moi. Je m’efforcerai dans les prochains articles de ne parler que de la vie. De mes enfants, les projets d’articles sur Xavier et Karine sont restés en projets. De mon père. Ça pourrait les aider à comprendre.

Non, Serge, je ne suis pas du bétail à psy...

Les pendules sont à l’heure.

publié dans : La vie continue
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