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D’aucuns m’ont reproché un excès de transparence. Je ne sais pas. Je n’ai jamais été exhibitionniste dans l’âme. Je crois en la magie du verbe. Je pense sincèrement que les choses dites en toute transparence perdent la moitié de leur venin. Un lecteur à qui je disais que ce blog était à destination de mes enfants, plus tard, m’a répondu " Je les plains... ".
Je ne saurai jamais si j’ai eu raison. Ce que je crois, c’est qu’au lieu du doute qui me hante sur les relations réelles de mon père et de ma mère, sur les infidélités de mon père, sur le sens de leur entente parfois si évidente, si j’avais appris par un écrit confidence dans quel sens mon père plaçait sa quéquette quand il était de bonne humeur... je n’aurais pas été plus traumatisé...
Les jours, les semaines, les mois qui viennent ne seront pas un cadeau pour nos enfants. Ils s’en poseront des questions. Ils en auront des choses à comprendre. Des choses qu’ils connaissent à recaser aux bonnes places. Ce sera peut-être difficile, dur, pour eux. Mais ils auront au moins des éléments, et ils auront, eux, la vie devant eux pour comprendre...
Alors oui, je préfère parler de mise à nu. Et tant pis pour ma pudeur.
Quand je suis rentré de la clinique ce soir, j’ai pleuré tout le long du trajet. Sans pouvoir me contrôler. Sans désespoir. Une lassitude. Je me suis arrêté sur le lieu de drague désert. Pour pouvoir finir de pleurer. Pour penser. Pour rentrer plus fort à la maison. Plus paisible.
L’après-midi a été extrêmement dure. J’ai trouvé Monique dans sa chambre qui rentrait d’une séance de rayons. Sur ses cotes réduites en poussière. Des deux côtés. Séance extrêmement difficile et douloureuse. Elle était paralysée par la douleur. Son visage était livide. Non, jaune cireux. Figé. Elle a maigri. Son visage est émacié. Le tour de sa bouche tout plissé de rides comme une grand-mère. Il y a un mois, elle n’avait pas plus de rides qu’à trente ans...
Ses cuisses sont rabougries, maigries. Ses genoux cagneux, ses chevilles déformées par des œdèmes. Il y a un mois, elle avait des jambes que certaines femmes de quarante ans lui auraient enviée...
Chaque geste est d’une lenteur invraisemblable. Bien pire qu’un film au ralenti. Quand elle doit se déplacer, elle doit trimbaler avec elle l’énorme pompe à morphine sur laquelle elle est branchée en permanence. Une véritable expédition pour aller faire pipi...
Elle sommeille beaucoup, à moitié groggy... Elle n’a pas voulu de livre, pas de télé, pas de journaux. Nous regardons ensemble le courrier. C’est tout. Elle a écrit une lettre incendiaire à sa mère qui ne cesse de me faire des crasses (ce n’est pas un billet, c’est un roman qu’il faudrait que j’écrive à ce sujet !). Cette lettre a l’écriture d’une enfant de dix ans. Pas une ligne droite. Des ratures, des fautes... Des fautes ! Elle !
A vingt-trois ans elle était la plus jeune Directrice d’une école de plus de dix classes...
De temps en temps, je descends fumer une cigarette à la cafétéria... Histoire de souffler. De reprendre des forces. De voir discrètement l’un ou l’autre des toubibs. Dans son dos ! Moi !
Ils ne parviennent toujours pas à réguler la douleur. Elle est partout. On vient de lui faire des rayons sur les cotes, maintenant c’est la douleur à la nuque qui est insupportable.
Je ne peux pas la toucher. Juste un léger bécot sur ses lèvres, bouches bien fermées, bicause ma bronchite... J’ai eu le malheur de vouloir légèrement masser ses chevilles enflées qu’elle avait posées sur mes genoux. Cri. " Non ! Ne touche pas ! "...
Je la pensais là-bas pour une petite semaine... Tu parles... Déjà des rendez-vous la semaine prochaine...
Nous avons longuement téléphoné à sa sœur, pour la tenir au courant. C’est moi qui parlais, bien sûr, elle, elle ne le peut guère. J’ai dit les choses crûment. J’ai dit qu’il s’agissait d’un processus de fin. Monique opinait.
Après, elle m’a demandé ce que j’en pensais. Je le lui ai dit. Que j’étais impuissant à tenir ma parole de ne pas la laisser souffrir. Que je pensais qu’il y en avait encore pour des mois, mais que les progrès seraient faibles. Elle ne le croit pas. Elle s’accroche à l’idée de fêter les trente ans de Karine à Noël. Mais en ayant de plus en plus de doute de pouvoir y parvenir.
Les organes " nobles " ne sont pas atteints. Mais son organisme tout entier ne tiendra pas longtemps ce régime. Quant au mien...
Je lui ai redit que nous pouvions décider n’importe quand de mettre les pouces... Mais l’espoir... L’espoir !!
Alors, affalé sur mon siège, solitaire sur le bord de cette route aventureuse, je songeais.
J’aurais bien voulu avoir auprès de moi n’importe lequel de ces petits mecs adorables que je côtoie plus ou moins ces temps-ci. Des virtuels, Alex qui me hante toujours, WajDi, Lorenzo, des un peu plus de chair et d’os, mon plombier, mon talonneur de rugby, stephan, Richard, même le petit Richard...
Et que croyez-vous que j’espèrerais de ces Apollons ? Domination ? Soumission ? Prendre leur sexe en bouche ? Couvrir de baisers leurs torses puissants ? Non, non...
Je voudrais qu’un, un seul, me prenne dans ses bras, me serre contre lui et me regarde. Pas un regard condescendant. Pas un regard de pitié. Un regard de tendresse infinie...