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C’est drôle un blog. Des fois ça roule, tranquillement, pépère. Des fois ça patine, sévère, ça n’avance pas d’un millimètre. Des fois ça contourne, ça détourne, ça fait aussi des tours de cons... Et des fois il y a un déclic. Fort. Puissant. J’en ai connu quelques-uns, relativement peu depuis que j’écris ici. J’avais vécu de façon assez intense le bilan que j’avais fait il y a quelques semaines... Quelques mois plutôt...
Aujourd’hui, je ne sais pas, je le sens comme ça, je suis à l’orée d’un coup de vent fort, puissant, destructeur peut-être. Les amis ne m’ont pas épargné. Ils m’ont fait du bien. Il faut que je sorte des ornières. Que je bondisse en avant. Quitte à me planter dans le prochain virage...
Une autre précision en préambule. J’ai décidé, je vais essayer, d’écrire pour moi. Rien que pour moi. Pas pour les lecteurs. J’apostropherai peut-être, de ci, de là, un ami, un lecteur. Mais il faut que j’écrive pour moi. Que je ne mette aucune censure. Ni celle de " ça ne se dit pas ", ni celle de " Là je suis vache avec le copain ", ni celle de " Et mon image de marque alors ? ", ni celle de " tiens, je vais dire ça, ça va faire un bon mot... ". Tant pis si je suis rébarbatif. Tant pis si j’emmerde. Tant pis si on me prend pour un taré. Tant pis si je perds des amis déçus. Il faut que j’avance. Je le sens, c’est là, ce autour de quoi je tourne depuis des pages, des semaines, des mois, des années... Je vais être brouillon, désordonné, je vais accumuler les contradictions. Je vais aller, revenir. Corriger. M’emporter. Il faut que j’avance. Je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est le moment.
Quels petits éléments se sont accumulés ces derniers temps, pour finalement faire boule de neige et me fiche un bon gnon ?
Il y a eu le sentiment diffus, un vague malaise, d’avoir été moralisateur, pédant, pompeux chez WajDi. D’être en partie responsable de sa baisse de régime. Lié, il y a eu cette histoire de choix de vie, de choix de mort. Non pas un malaise de voir des personnes que j’apprécie, voire que j’aime, qui ne comprennent pas mes choix, mais un malaise profondément teinté de désespoir de constater que je ne suis pas capable d’exprimer, de dire, de faire passer, la tranquille plénitude qui accompagne ces choix. Il y a eu l’incident du virus. Je me jette tête baissée dans l’accusation nominative. Moi. Un ancien informaticien. Tout ce que ça démontre de plaie non cicatrisée dans le foiré de l’aventure avec mes pompiers, et tout ce que ça illustre de mes limites intellectuelles... Il y a eu l’article titré " Pédophilie ", qui m’a laissé profondément insatisfait, avec le sentiment d’être passé à côté. J’y reviendrai sur plusieurs points. Il y a eu ma réaction à un commentaire d’une lectrice toujours chez WajDi. Je me suis surpris. Je me suis étonné moi-même. J’ai senti qu’elle avait touché là des choses qui me faisaient mal. Et que je n’arrivais pas à nommer. Il y a eu quelques réactions de copains, d’amis... J’étais à côté de la plaque. Et ce texte que j’ai eu envie d’écrire en réaction. Toujours chez WajDi (le pauvre !). Je l’ai écrit d’un trait, en relisant à peine. (Que de fautes et de maladresses !). Je voulais faire l’apologie de l’amour tendre, vrai, profond, basé sur une sexualité sans dominant. Mais pourquoi diable ? Une fois édité, le texte a fait un flop. Je l’ai relu. J’obtenais le résultat inverse de mes souhaits... J’en ai appelé à l’œil critique de mes amis. Leurs réactions plus que réservées ont confirmé mon impression. C’est une femme qui m’a donné le coup de grâce : " Trop " Belle au bois dormant " ton texte. Moi, j’ai besoin de plus de bestialité... " Ah ! Ce mot ! Bestialité ! La clef dans la serrure...
Par quel bout commencer ? Justement par le petit bout. Celui de tous les fantasmes. Je n’ai jamais été un fameux amant. Jamais. Un peu mieux maintenant. Je le sais, je ne passe pas non plus mon temps à battre ma coulpe. Mais, progrès grâce à une plus grande technicité, un certain nombre de carcans et de blocages rejetés au loin, une meilleure écoute du partenaire. C’est vrai. Rien d’autre en fait que ce que l’on nomme " l’expérience ". Mais le fond, le problème central. Rien n’a bougé, rien. Je reste un mauvais amant qui simplement, réussit à faire parfois illusion...
D’abord ma queue. Déjà elle est au centre du débat. J’ai une drôle de relation avec l’érection. Elle n’est jamais paisible, naturelle. J’en ai parfois parlé avec des copains. Avec mes psy aussi. Personne n’a jamais su me donner d’explication satisfaisante. Au repos, j’ai un instrument des plus quelconques. Comme tout mec, parfois riquiqui, parfois coquet. Sans plus. Quand je bande, il est au-dessus des normes. J’ai quelques comparaisons quand même... Mais rien de régulier, absolument rien. Comme si j’avais plusieurs tailles à ma disposition, et que je ne savais jamais laquelle m'allait être livrée... L’écart est important. D’une belle queue un peu " bande mou ", je peux aller à une sacrée belle " teub " ou me retrouver avec un braquemart du tonnerre... Qui m’impressionne moi-même. La longueur, l’épaisseur, sont sans comparaison. Mais aucun lien cause-effet avec l’attirance du (de la) partenaire, l’excitation de la situation, la nourriture consommée, que sais-je ? Incompréhensible et aléatoire. Handicapant, au final. En somme, je suis comme un ouvrier qui chaque jour se demanderait quel outil on va lui donner pour travailler...
Anecdotique ? Oh, que non ! Car je ne cesse de me dire qu’il y a une explication à cette originalité. Mais laquelle ? Et comme tout inconnu, ça fout la trouille...
Trouille prolongée par les pannes. Car il y a des fois où, visière basse, rien à voir à l’horizon. Obsession permanente. Peur continuelle d’être trahi par son corps. Ce n’est pas d’aujourd’hui. De toujours. J’avais dix-huit ans lorsque j’en ai parlé la première fois à un médecin. Qui, ignare, a rigolé, parce que je me trimbalais une renommée de "sacré coup"... Le con !
Et toujours ce sentiment de devoir faire des efforts immenses pour " maintenir " l’érection obtenue... J’ai fait de multiples examens. J’ai rencontré des sexologues truands, des rapaces, d’autres bidons, d’autres ne nez collé sur les résultats de leurs machines. Tous ont conclu " tout est normal ". Démerde-toi avec ça. Les psy s’y sont mis. Car si la machine est en état, c’est que c’est dans la tête. C’est bien connu ! Résultat ? Où ?...
Anecdotique ? Oh, que non ! Car là il y a aussi une explication. Mais laquelle ? Menace...
Aujourd’hui, les problèmes deviennent plus fréquents. Là, les explications techniques, somatiques, apparaissent. Je suis diabétique, et avec l’âge, le sucre altère des artères indispensables à la chose... L’échographie donne quelques signes. Minimes, mais qui peuvent expliquer ces difficultés. Le médecin m’ordonne du Viagra. Après tout, au départ, il est fait pour ces cas là... Mais l’ordonnance est dans un tiroir depuis trois mois. Je suis incapable de passer à l’acte. Une trouille bleue. Et si ça ne marchait pas ? Et surtout, si ça marchait ? Surtout !
Anecdotique ? Oh que non ! A l’éclairage de toutes ces anecdotes, je reviens au préambule, au texte de Pauline et aux réflexions de mon amie... Et si c’était ce qui se cache sous ma bestialité qui me fasse peur ? Peur à en crever. Peur à en gâcher ma vie ?...
Je vais abandonner un instant le sexe. Mais en serai-je si éloigné ? Je me suis raconté dans les détails, mais souvent dans le désordre. Je vais essayer de remettre de l’ordre. A onze ans, j’étais pubère. (Et déjà " pratiquant "...). Je mesurais dans les 1mètre70, et pesais 75 kilogrammes. De mémoire. Environ. Soit vingt bons centimètres et vingt kilos de plus que les enfants de ma classe d’âge, et croyez-moi. C’est dur à porter. Quelque part, je raconte l’anecdote où, en 5°, sur un coup de colère j’ai chopé un camarade et je l’ai accroché par le col au portemanteau des professeurs... Ça a fait beaucoup rire. Moi, ça m’a fait peur. Je situe ce jour là, mais ai-je raison, le début de mon incapacité à réagir physiquement aux multiples agressions, verbales et parfois physiques, dont j’étais de plus en plus victime. Je suis devenu, et resté, le gros nounours dont on fait ce que l’on veut. Je ne savais pas ce que pouvait devenir et provoquer ma force. J’imaginais des choses effroyables. Alors je l’intériorisais au maximum. Sans coach. Je sais, je reconnais qu’une activité physique contrôlée aurait changé bien des choses. Chez moi, ça ne se faisait pas. On n’en parlait même pas. Seules les études comptaient. Le rugby est venu beaucoup plus tard, grand adolescent. Trop tard.
Ah ! Intérieurement, j’ai acquis une force de caractère je crois peu commune. Je suis capable d’encaisser les pires vacheries, les pires coups durs. Sans broncher. Juste en serrant un peu les dents. A peine. Je suis capable de maîtriser des souffrances physiques que d’autres jugeraient insupportables. Je n’ai pas à en tirer gloire. C’est, je le pense aujourd’hui, foncièrement ridicule et inutile. Aller au travail avec plus de 40 de fièvre, continuer un chantier avec un doigt explosé juste entouré d’une poupée de gaze, avoir le ventre ouvert dans l’urgence, sans anesthésie, en refusant de mordre la serviette comme le demande le médecin, et en voulant regarder... Quelle gloire... Vaine.
Mais cette peur bleue d’être dépassé par quelque chose que l’on a en soi, que l’on ne maîtrise pas, qui nous semble si redoutable... Suis-je si loin que ça du paragraphe précédent ?
Allez, retour au sexe... Mais en passant par le déluge... Je le disais en préambule, je n’ai jamais été un bon amant. J’ai été l’un des plus précoces initiés au sexe que je connaisse. Et je n’ai su faire l’amour que si tardivement... Ces pratiques, dont je me glorifie aujourd’hui, baiseur, baisé, feuilles de rose, gorge profonde, que sais-je, je ne les ai découvertes (au sens pratiqué) que si tardivement. Une anecdote en lien avec ces énormes blocages qui m’ont toujours étouffé. Mon acceptation de posséder, de baiser un mec.
Je devais avoir 23 ans. J’étais " moniteur " dans une colonie de vacances, et n’avais qu’un jour de congé par semaine pour satisfaire ma libido. Très peu. C’est dire que je ne jouais pas le difficile quand une occasion se présentait ce jour là. Un tel jour, j’ai levé un petit biquet blondinet, jeune, fluet, gracile, charmant mais sans plus. Mais qui s’avéra une bombe dans le petit nid de fougères que nous nous fîmes dans la campagne profonde. Il avait cinq ou six ans de moins que moi, et il avait tout à m’apprendre. A un moment, j’étais sur le dos, lui sur moi, il avait coincé ma queue entre ses cuisses et ses ondulations savantes faillirent me conduire trop tôt à l’orgasme. Je nous renversais, me mettant sur lui, je maîtrisais mieux la situation. Il interpréta mal mes intentions. En gémissant, il me suppliait : " Oh ! Oui ! Prends-moi, prends-moi maintenant... ". Moi, complètement bloqué (Par quoi ? Pourquoi ?), je ne pus que dire, crier dans un murmure " Non, non ! Tout mais pas ça, pas ça... " Nous avons continué notre gentille petite baise pudique jusqu’à son terme. Dans la voiture, pendant que je le reconduisais à Bourg En Bresse, il me sourit, me prit la main, et me dit " Dommage. Vraiment dommage. Tu as une belle queue. J’en avais très envie... C’est con que tu aies eu peur... "
Je n’ai pas su répondre. Mais il a fallu cet " incident " pour que je prenne conscience, un, que quelque chose me bloquait, m’empêchait de faire, deux, que je frustrais ceux à qui je croyais et prétendais donner du plaisir... C’est à partir de ce jour que je m’imposais de ne plus jamais refuser une telle demande. Il a fallu un long apprentissage, pour que les choses deviennent, enfin, à peu près simples.
Je ne passerai pas en revue tous mes acquis. Il me semble que chaque étape, chaque nouvelle découverte, fut la conclusion d’une longue procédure de blocages, prise de conscience, contrôle de soi, acceptation, apprentissage, maîtrise, enfin bénéfices. Petits, puis de plus en plus grands... Rien d’original là dedans. Rien d’autre que ce que vivent tous les jeunes. Sauf qu’en général c’est naturel, plus ou moins rapide, mais sans ce putain de combat contre soi-même... Et généralement le problème est réglé avant soixante ans...
Et c’est loin d’être fini ! Oh!91, en parlant de l’histoire de Pauline, me dit " Elle décrit surtout un jeu, non ? " Tilt. Quelque chose qui se décoince. Je repense à mon " VRP " cité dans le billet " Pédophilie "... Ce n’était rien d’autre qu’un jeu. L’excitation de se faire des câlins au nez et à la barbe des autres véhicules, innocents pépères ou familles en goguette... Et moi, je n’ai pas supporté. J’ai pensé " perversion ". J’ai pensé " tordu ". J’ai pensé " norme "... Putain, qu’est-ce que j’ai comme chemin à faire !
Mais surtout pourquoi, moi qui me pose en chasseur d’aventures, ai-je toujours besoin que les choses se passent dans une certaine norme, selon certains principes ?... Non pas que je refuse l’imprévu. Au contraire. Je suis toujours en attente de surprises, d’étonnement, de tabous brisés... Oui, sur ces points je pense être très ouvert. Mais il s’agit de mécanismes qui m’engagent, moi. Seulement moi. Le partenaire peut me prendre à contre-pied à tout instant. Il peut avoir des idées les plus invraisemblables... Mais moi, il faut que je reste dans mes traces, dans un chemin repéré, homologué... Que se passerait-il si, une fois, je sortais des rails ?
Allez, il faut bien que je casse ce texte mielleux et fadasse que j’ai écrit sur mes amours conjugaux... WajDi vient de laisser tomber sa sentence. Si juste, si forte, si dure : " Tous ces mots là pour dire "on a niké ; c'était trop bon" . Pourtant, tout est vrai, sincère, honnêtement décrit. Mais sans intérêt. Pourquoi ? De petits mensonges par omission ? Je dis combien je m’attache à atteindre l’orgasme en parfaite synchronisation avec ma femme. Et que j’y réussis le plus souvent. Il y a donc bien des fois où je suis pris par surprise et n’ai pas le temps de jouir... Là, je n’en parle pas... Dans ces cas là, ma femme bien sûr n’est pas dupe. Elle sait que je n’ai pas joui. Et ça a été maintes fois l’occasion de petits accrochages. Comme les fois où, malgré mes efforts elle ne réussit pas à dépasser ce pallier de blocage douloureux, et qu’elle sait qu’elle ne parviendra pas à l’orgasme. " Vas-y toi, joui. Prends ton plaisir. Je le veux ... ". Mais j’en suis incapable. Je ne peux pas baiser si je ne donne pas du plaisir à mon (ma) partenaire. Monique a beau me dire, " mais je serai heureuse de te sentir avoir du plaisir ! " Je ne peux pas. En quarante ans, je n’ai jamais pu. J’ai loupé la station, je passe un tour... On verra à la prochaine. Il en va de même avec les mecs. Je ne supporte pas qu’un gars débande pendant que je le baise. Je perds aussitôt tous mes moyens. Un type me suce sans être excité, je ressens immédiatement un profond dégoût... Un autre jouit trop vite, je cesse immédiatement les hostilités... Pourquoi, pourquoi suis-je incapable de prendre mon pied, pour moi, pour moi seul ? Quelle image y a-t-il au plus profond de ma tête ? Quelle est cette menace ? "
Un autre des litiges avec ma femme, il est beaucoup plus vieux celui-ci, il y a longtemps qu’elle a abandonné. A nos débuts, elle aurait aimé que pendant l’amour je prononce des phrases un peu salaces. Un peu crues. Elle n’a pas su me dire pourquoi, d’où cela lui venait. Ça faisait partie de ses fantasmes. Etre traitée de tous les noms pendant qu’elle était possédée. J’en ai toujours été incapable. Je ne peux pas parler pendant l’acte. Avec ma femme comme avec les compagnons de rencontre. Je ne dis jamais un mot. Je ne gémis pas. Ma satisfaction se manifeste par des gestes de tendresse. Jamais par la bouche. Il est vrai qu’elle est très souvent occupée... J’ai souffert, vraiment souffert de ne pouvoir offrir ceci à ma femme ; Pourquoi, pourquoi suis-je incapable d’utiliser la parole, et même les sons, pendant l’acte ? Quelle est la menace ?
Voila. J’ai fait le tour je pense. Le lien avec l’article intitulé " Pédophilie " cité en préambule devient facilement explicite. Peur. Danger. Monstre. Qui suis-je ? Je n’ai pas la prétention de répondre là, à l’instant. Je n’en sais toujours rien. Soixante ans, non, que je sois un peu honnête... Disons quarante cinq ans que je me pose ces questions. Seul. Avec des psy. Je tourne en rond. Le vide.
Car la question de base n’est même pas tranchée. Ai-je été victime, ou suis-je une menace potentielle ? Quelqu’un a-t-il abusé de moi dans ma petite enfance ? (Mais alors petite, petite, parce que je ne me souviens de rien, et que très vite, c’était plutôt moi qui faisais du détournement de majeur...)
Serais-je capable de toucher une tête blonde ? Je ne peux en accepter l’idée. Mais alors ? Alors ? En quoi ma bestialité " naturelle " serait-elle une menace ? Pourquoi ce violent blocage quand il y a association entre violence et acte sexuel, même par jeu ?
Pourquoi depuis mon adolescence ai-je peur de la puissance de ma queue, au point de me rendre, périodiquement, impuissant ?
Pourquoi ne puis-je être serein lorsque je parle de cul ? WajDi, si tu savais comme je t’envie !!
Il est bien tard. Je sais bien que je suis loin d’avoir fait le tour des différents aspects du problème. Je vais relire vite fait, et éditer ainsi. Comme on se jette à l’eau. Je reprendrai sans doute beaucoup ce texte initial dans les jours à venir, ou j'écrirai une suite...